02 août

Ils chantent l’automobile…

Juste pour le plaisir, voici une présentation de quelques chansons francophones qui mettent à l’honneur l’automobile. Laissez-vous embarquer dans un premier temps dans des histoires qui sentent les banquettes de voitures. Puis, délectez-vous des paroles de tous ces chanteurs qui se passionnent pour les bagnoles de luxe. Enfin, laissez-vous tenter par une balade au cœur de taxis pas comme les autres.

Et pour illustrer en musique ce parcours, venez écouter ces trois playlists…

DES HISTOIRES QUI SE PASSENT DANS DES VOITURES


En 1964, la jeune Alice Donna chantait cette curieuse histoire d’amour-malédiction qu’est Une voiture rouge (1964), où une jeune fille se laisse embarquer chaque soir par un homme dans une voiture rouge qui la rejette au bout de la nuit pour la reprendre le soir suivant.

C’est une voiture rouge/Qui fonce au cœur de la nuit/C’est une voiture rouge/Qui freine dans un grand cri/Elle vous réveille/Moi, je sommeille/Devant l’ tableau d’ bord/Près de lui je dors/Un baiser et me voilà dehors

On roule à 160 est une petite perle créée par Jacqueline Taïeb en 1968 et reprise par Mareva Galanter en 2006. La scène se déroule dans une voiture où une jeune fille roule de plus en plus vite afin de jouer avec les nerfs d’un type qui vient d’essayer de l’embrasser.

Non, je n’ai pas mon permis/Mais il faut bien qu’un jour/Je commence à apprendre/Donc pourquoi pas aujourd’hui/On n’fait qu’un petit tour/On n’roule qu’à 160

Dans Station-service (1979), Alain Bashung est un pompiste qui en a marre d’être embarqué dans des histoires louches de femmes riches. Du jour au lendemain, il plaque tout, son job et même sa copine.

Les filles qui montraient leurs cuisses que par vice/Dans les décapotables/Elles me crachaient un billet de mille/En me demandant de vérifier l’huile/Aujourd’hui, j’ai plus les mains sales/J’ai plus personne pour me faire du mal

En 1983, Eddy Mitchell crée Sur la route de Memphis, un de ses plus grands tubes en adaptant That’s How I got to Memphis de Tom T. Hall. Une sombre histoire de mariage chic qui tourne au tragique, l’intéressé se rendant à la cérémonie dans une voiture de police.

Je viens vers toi, mais pas dans une Rolls blanche/Dans un costume un peu élimé aux manches/J’ai le droit de me taire et d’ fumer/En gardant mes menottes aux poignets/Sur la route de Memphis/Pour une fois les flics ont gagné/Vers chez toi je ne fais que passer/Sur la route de Memphis

Contrairement à la plupart des chanteurs qui fantasment sur les grosses bagnoles, Renaud semble affectionner tout particulièrement les voitures pouraves ou volées, citant par exemple la Simca 1000 dans Le retour de Gérard Lambert (1984). Dans La tire à Dédé (1985), il se remémore les virées avec un copain qui ne faisait qu’un avec sa super-poubelle. Une histoire de caïds attachants qui tourne très mal, laissant Renaud et surtout la pauvre caisse désolés :

Pauv’ Dédé aujourd’hui, l’est au cimetière Pantin/Sur sa tombe on a peint deux bandes blanche, c’est super/Sa bagnole crève doucement tout au fond du jardin/D’un pavillon d’ banlieue prés d’ la ligne de ch’min d’ fer/Les poules ont fait leur nid sur les sièges éventrés/La rouille a tout bouffé la peinture et les chromes/Le pare-brise et les phares dégommés par les mômes/Y reste bientôt plus rien d’ la pauv’ tire à Dédé

Les VRP, avec Le roi de la route (1989) et Richard Gotainer, avec L’automodébile (1995) expriment, tous deux, avec un certain humour caustique, les comportements absurdes et les phrases assassines que certains peuvent avoir en voiture, cette haine des autres conducteurs qui caractérisent les crétins du volant. Dans le final de L’automodébile, Gotainer ne se tient plus :

Et alors, espèce de patate pourrite, tu la pousses ta poubelle de merde !/Wha l’autre, eh ! Où il a eu son permis ?! Je l’ crois pas hé !/Eh, tu sais c’ que j’y fais, à ton tuyau d’échappement, à ton tuyau d’échappement, hein ?/Tu sais ce que j’ lui fais à ton tuyau d’échappement ?!/Hé l’autre ! J’ vais lui faire éclater la cervelle à coups de manivelle !/Et pis après, quand tu seras mort, avec mon doigt trempé dans du cambouis/Sur ta carcasse, j’écrierai des gros mots !

Dans On achève bien les autos (2001), Christophe nous décrit de manière très poétique ses ébats érotiques avec une dame dans une voiture de luxe.

Les sentiments de l’auto roulent/Je sens ton sexe éclaboussé/De diamants éclatés par milliers/Le jaune devient gris orangé/L’air a ce parfum d’essence évaporée/En tous les cas, c’est une épave très à part/Un endroit bancal pour aimer

Se mettant dans la peau d’un personnage à la Pierre Richard, Thomas Fersen, dans Punaise (2008), nous fait le récit rocambolesque de ses malheurs successifs qui le conduisent à foutre complètement sa voiture en l’air.

Je tirais une gueule d’assassin/Je suis parti gonflé à bloc/Sans desserrer le frein à main/Lequel était serré à bloc/Inutile de faire un dessin/Cette fois, la bagnole était morte/Et lorsque j’ai claqué la porte/La clenche m’est restée dans la main/La porte est tombée sur l’ chemin

Princesse voiture (2008) de Sexy Sushy donne la parole à une obsédée de la vitesse qui ne craint ni la police, ni les accidents. Le seul objectif de cette criminelle qui fait fi de toutes les règles est de vivre dangereusement.

En voiture à mille à l’heure/Les yeux fixés sur le compteur/Mes cheveux blonds sur la figure/Une mèche coincée dans la ceinture/En sens inverse sur l’autoroute/Il n’y a rien que je redoute/Je bois encore de la Vodka/Et je conduis qu’avec un bras/Quand je rentre de la discothèque/Que j’ai vomi sur la banquette/Je fais entendre sur le parking/Le vrombissement de ma machine/J’ suis un danger pour les enfants/J’en ai tué un il y a cinq ans/Ils m’ont retirés mon permis/Mais moi j’ m’en fous et puis j’ conduis

Bertrand Burgalat, dans Réveil en Voiture (2012), exprime les sensations apocalyptiques des nuits trop arrosées où certains cherchent à démarrer leur voiture pour rentrer mais n’en sont même plus capables.

Ai-je rendez-vous avec le ciel/Dans un tout nouveau terminal ?/Mais je ne vois que la terre vue du sol/Et son vertige horizontal

>>> Écoutez la playlist HISTOIRES EN VOITURE

CETTE OBSESSION DES VOITURES DE LUXE


On retrouve toute la poésie et la fantaisie de Charles Trenet dans À la porte du garage (1955), l’histoire d’un mari volage qui s’est tiré loin de sa femme et ses enfants dans une Panhard et Levassor de 1910.

Aux environs des belles années mille neuf cent dix/Lorsque le monde découvrait l’automobile/Une pauvre femme abandonnée avec ses fils/Par son mari qui s’était enfui à la ville/Dans une superbe Panhard et Levassor/Qu’il conduisait en plein essor

Du jazz dans le ravin (1958) de Serge Gainsbourg met en scène un frimeur inconscient des dangers de la route. Au bord d’une Jaguar, avec sa pépée, ils foncent et se défoncent pour finir au fond d’un fossé.

Écoute un peu ça, poupée/T’entends ? Mon air préféré/Mets-moi la radio un peu plus fort/Et n’aie pas peur, j’ vais pas aller dans les décors

C’est une véritable déclaration d’amour aux chars de tous acabits que chante Robert Charlebois dans Dolorès (1968). Il établit une liste impressionnante de voitures qu’il aurait possédées pour finir par dire que lorsqu’il pense à sa blonde, il est au volant de sa Toronado !

J’ai eu toutes sortes d’autos/Des Studebaker, un Monarch, un Pontiac, un Buick Dyna-flow/Une Mercedes, une Jaguar, une Peugeot, une Alfa-Roméo/Et que c’est que j’ai eu part ça/Une Bugatti à coté de deçà il paraît qu’une Ferrari c’est rien/J’ai eu un beau Lincoln 55 banane y était swell y était propre/Convertible le dedans rouge/J’ai eu une petite Skoda ça je trouve ça ben laid/Y était bleu poudre a part de ça/J’ai eu un Nash métropolitain deux petits bébés Austin/J’ai eu un Cadillac La Salle, un Marquette/Un Buick Century, un Buick Limited/Ah oui, j’ai eu un beau Edsel rouge et blanc/C’est avec ça que j’ai capoté/Ah oui,  pis j’ai eu un beau Cadillac Eldorado de l’année/Sur l’autoroute ailée dans un beau char volé

C’est encore l’idée de débauche au volant que Gainsbourg – qui n’a jamais conduit, n’ayant pas son permis – chante dans Ford Mustang (1968).

On s’ fait des langues/En Ford Mustang/Et bang !/On embrasse/Les platanes/« Mus » à gauche/« Tang » à droite/Et à gauche, à droite

Dans Chrysler (1971), chanson pop psychédélique par excellence, Dashiell Hedayat recherche sensiblement le même vertige que l’homme à tête de chou à la différence près que sa Chrysler où il fait l’amour pourrit au fond du jardin.

Chrysler rose/Elle ne peut plus rouler/Mais c’est là que je fais l’amour/On est au 7ème ciel/Le 7ème ciel à travers la capote déchirée/Le 7ème ciel et ses nuages pas bleus/Et au moment de monter Sally me dit/Ta Chrysler/Ouais ma Chrysler/Ta Chrysler est salement défoncée

Le plus bel hommage qui a été fait à une Rolls Royce Silver Ghost est dû à la plume de Gainsbourg, avec sa chanson Melody en ouverture de l’album « Histoire de Melody Nelson » (1971). Il y décrit dans un vocabulaire technico-poétique le Spirit of Ecstasy, la fameuse mascotte de la marque trônant sur les capots des Rolls (une œuvre créée par le sculpteur Charles Sykes avec pour modèle Eleanor Velasco Thornton).

Les ailes de la Rolls effleuraient des pylônes/Quand m’étant malgré moi égaré/Nous arrivâmes ma Rolls et moi dans une zone/Dangereuse, un endroit isolé/Là-bas, sur le capot de cette Silver Ghost/De dix-neuf cent dix s’avance en éclaireur/La Vénus d’argent du radiateur/Dont les voiles légers volent aux avant-postes/Hautaine, dédaigneuse, tandis que hurle le poste/De radio couvrant le silence du moteur/Elle fixe l’horizon et l’esprit ailleurs/Semble tout ignorer des trottoirs que j’accoste./Ruelles, culs-de-sac aux stationnements/Interdits par la loi, le cœur indifférent/Elle tient le mors de mes vingt-six chevaux vapeur/Princesse des ténèbres, archange maudit/Amazone Modern style que le sculpteur/En anglais, surnomma Spirit of Ecstasy/Ainsi je déconnais avant que je ne perde/Le contrôle de la Rolls

Dans J’ai déjà fait mon arche, j’attends les animaux (1975), David Mc Neil prétend qu’il a travaillé deux ans pour se payer la voiture de ses rêves, une Austin Healey. Les belles automobiles sont une véritable obsession chez lui. Il cite les plus grandes marques chaque fois qu’il en a l’occasion : Land Rover, Porsche, Rolls-Royce, Dodge, Cadillac… Dans Rucksack Alpenstock (1980), il se sert, pour la richesse de la rime, de noms propres et de noms de marques de voitures.

La nuit t’es Sennett à Keystone/Et tu roules en Aston/Soixante-six D.B.7./[…]/La nuit t’entends des muezzins/À Nantes ou Concarneau/Le jour t’échanges ta limousine/Contre une 4 CV Renault

La voix de Jane Birkin dans Baby alone in Babylone (1983) écrit par Gainsbourg énumère cinq noms de marques de grosses bagnoles américaines et anglaises pour illustrer le rêve d’une jeune fille qui voulait être une star à Hollywood.

Baby alone in Babylone/Noyée sous les flots/De Pontiacs/De Cadillacs/De Bentley à L.A./De Rolls Royce et de Buicks/Dans la nuit métallique

Casablanca (1984) est une chanson autobiographique où Alain Souchon nous fait part des images qu’il a pu garder de son enfance dans la ville marocaine où enseignait son père. Il se souvient des soirées coloniales où se retrouvait, en smokings et robes longues, tout l’establishment européen de la ville. L’occasion d’évoquer un joyau de l’automobile française.

Il a garé la Delahaye/Devant l’palais du résident/[…]/Abandonnant sa limousine/Il l’a ramenée en calèche

Faisant écho à Du Jazz dans le ravin (1958) de Gainsbourg, La ballade de Jim (1986) de Souchon raconte elle aussi l’histoire d’un accident suite à une ‘mauvaise conduite’ (Jim a les nerfs, Jim boit du gin, Jim veux mourir). Ici, il est question d’une Chrysler plutôt que d’une Jaguar et de fougères et de nénuphars plutôt que d’un fossé. La comparaison s’arrête là, puisque le héros de Souchon échappe à la mort et retrouve l’amour.

>>> Écoutez la playlist VOITURES DE LUXE

ET UN DERNIER PETIT TOUR DU CÔTÉ DES TAXIS…


Dans Chauffeur, suivez cette voiture (1986), Lio se la joue inquiète. Elle a recours à un taxi pour prendre en filature son compagnon dont la voiture file à toute allure dans Paris.

Mais où il va ? Pourquoi il roule si vite ?/Il fait gicler toute la pluie sous ses pneus/Les essuie-glaces qui repassent sur la vitre/N’enlèvent pas la flotte que j’ai dans les yeux

Noir Désir rend un bel hommage à Lili Brik et Vladimir Maïakovski dans À l’arrière des taxis (1989), imaginant que les amants se sont épris l’un pour l’autre dans un taxi.

Vous les avez connus ceux qui/Dans un élan de poésie/Mal contrôlé/A cent à l’heure sur les boulevards/Sur les banquettes de moleskine/En s’en remettant au hasard/Sans plus se soucier de Lénine/S’aimaient à l’arrière des taxis

Jean Bart, dans Taxi (1994), fredonne une étrange histoire d’incompréhension entre deux êtres, peut-être même une  séparation. Une sorte de jeu où le taxi joue un rôle malgré lui, en début et en fin de texte.

Prouve moi que t’es un homme, arrête ce taxi/[…]/Prouve moi que t’es une femme, arrête le compteur

Dans le Taxi (1996) d’Élisa Point, une jeune fille ‘paumée’ confie son mal de cœur et son adresse au chauffeur. Son discours est des plus ambigus.

La course du compteur nous emmène, nous emporte/Arrêtez de me toucher des yeux, rétroviseur !/Vous n’êtes que mon confesseur/[…]/Je veux rester avec vous/Je sais qu’on se plaît, à grands bruits de cœur/Écrasons-nous ensemble contre un mur/Et que cette étreinte dure

Ce grand jouisseur de la vie qu’est Richard Gotainer, dans Hep Taxi ! (1997), invite le chauffeur à suivre un papillon pour le plaisir d’une balade sans but à la recherche de l’imprévu.

Je veux partir en déconnage/Là où la fantaisie assure le décollage/Suivez chauffeur ce zigzagueur/Prenez tous les détours tant pis pour le compteur/[…]/Hep taxi ! Suivez ce papillon/Son vol est un appel c’est une invitation/Hep taxi ! Suivez ce papillon/Puisqu’il va n’importe où c’est là où nous allons

Dans Taxi ! (1999), Néry fait l’inventaire de tout ce qui se dit dans les taxis de Paris, de France et de la Terre, et ce n’est pas bien rose. Il conclue ainsi :

Il se dit qu’ bientôt sur Terre/Les hommes auront mieux à faire/Comprenant que leurs envies/Sont moins grandes que l’Univers/Ils se cherch’ront des ennemis/Car les hommes aiment la guerre/Mais ils comprendront aussi/Qu’on peut vivre la tête en l’air/Et iront planter la vie/En grande banlieue de la Terre

Taxi (2002) de Dick Annegarn relate la fin prématurée de vacances nordiques où il était parti en avec un couple d’ami dont les comportements l’ont refroidi.

Taxi, j’attends le taxi/Dans le fin fond de la Finlande/Assis seul sur un champignon

Enfin, en 2007, Bartone chante Taxi en duo avec Typhaine où il met en scène un dialogue entre une jeune femme et son meilleur ami qui sont choqués par le manque de considération du compagnon de la demoiselle. Aucun rapport avec un taxi si ce n’est cette jolie comparaison qui termine le refrain :

Mes aveux l’indiffèrent/Pour lui je ne suis qu’un jeu/Je serais une poire si j’étais un fruit/Comme voiture, je serais un … taxi

>>> Écoutez la playlist TAXIS

Guillaume Duthoit

 

Un Commentaire

  1. 2 24 novembre 2012 à 10 h 31 min
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