14 nov

Melaine Favennec enchante Max Jacob

Melaine Favennec est un songwriter francophone au talent immense comme en témoigne son parcours étonnant. Sa longue discographie montre un artiste qui se réinvente sans cesse et se nourrit autant des expressions contemporaines que de la culture bretonne. Très folk à ses débuts (Basse danse, 1976), il fait peu à peu intervenir des couleurs jazz rock à la Robert Wyatt dans sa chanson poétique sans concession (Chansons simples et chants de longue haleine, 1979, et surtout Au secret déluge, 1981). Dans La chambre (1990), accompagné par Yvan Cassar au piano, on le découvre dans la peau d’un fou swinguant, sorte de cousin inattendu de Charles Trenet. Avec Yvan Cassar toujours, il réalise, en 1993, Présent d’exil, un album plus orchestré d’une richesse incroyable de tons. Dans Nos îles, nos amours (1999), il chante la Bretagne insulaire accompagné d’un quatuor à cordes et du célèbre guitariste Dan Ar Braz. Au début des années 2000, histoire de partager la route avec des amis, Melaine crée le trio EDF, avec ses compères de jeunesse Gérard Delahaye et Patrick Ewen. S’ensuivent trois albums qui puisent dans la tradition celtique et mettent en avant leurs compositions : Kan Tri (2003), Trimen (2007) et Kan Tri Men (2011). Durant cette aventure, Melaine Favennec produit aussi, en 2006, un album sous son nom, Hey Ho !, en compagnie de Véronique Briel (piano), de Gérard Delahaye (guitare) et de Dominique Molard (percussions). Une orchestration sobre qui laisse résonner comme jamais les mots du poète. Enfin, en 2012, sort l’album Émoi des mots qui voit le chanteur breton mettre ses mots en jachère pour enchanter quinze textes de Max Jacob issus de divers recueils poétiques (Le Cornet à dés, Rivage, L’Homme de Cristal, …).

Avec ce nouvel opus, Melaine Favennec, volontairement ou non, entre en résistance. En effet, Émoi des mots est le résultat de plusieurs partis pris. Tout d’abord, le chanteur a eu le courage de mettre en musique la parole d’un poète. C’est qu’ils se font rares ceux qui s’intéressent encore aujourd’hui à la poésie des livres. C’est un exercice osé de consacrer tout un album à un poète. Car, même si l’œuvre de Max Jacob s’inscrit dans la modernité, elle renvoie à une autre époque. Et puis, Melaine Favennec a choisi, pour la première fois, de ne s’accompagner que de sa guitare sèche (comme Bob Dylan à ses débuts), quand il ne chante pas a capella. Actuellement, la plupart des artistes cherchent avant tout un son, une image, reléguant le contenu au rang de prétexte. Cette volonté de dépouillement n’est certainement pas anodine. Le chanteur réaffirme par-là l’importance du propos pour lui-même. L’importance de la mélodie et de la voix aussi. Il ne se cache derrière aucun artifice. Ce qui ne facilite à priori pas l’écoute mais rend son interprétation particulièrement attachante. Car, oui – Merveille ! – la magie opère.

Favennec n’est certes pas un grand guitariste. Il s’accompagne proprement, c’est tout. C’est grâce à son chant habité, à sa voix terriblement chaleureuse et à la richesse de ses mélodies qu’il nous émeut et nous fait rencontrer l’univers du poète quimpérois. Au fil des écoutes, les barrières tombent. On a l’impression que Melaine est là dans notre salon, que Max ‘piétonne’ dans notre tète. On accueille ses mots, on les apprivoise : ils ne nous font plus peur. On finit par s’y attacher profondément. Et on remercie notre trouvère moderne, véritable passeur, de nous avoir menés à ces trésors de si belle façon.

Guillaume Duthoit

Un Commentaire

  1. 3 19 novembre 2012 à 17 h 10 min
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    Ce n’est pas aisé et surtout maladroit de dire quoi que ce soit quand on est le premier intéressé.Mais je voudrais vous dire combien je suis touché par votre article qui résume si bien mon chemin et inscrit mon dernier album dans ce parcours. Je m’empresse de faire connaître votre votre lien. Bien à vous Guillaume Melaine Favennec

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